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Le Point — Un OVNI nommé Ora-ïto

Presse

Du tram de Nice à un hôtel à Paris, sa signature figure là où on ne l’attendait pas.

Quand Ora-ïto énumère ses plus fraîches collaborations, l’inventaire traduit le chemin parcouru par ce designer atypique. Celui qu’à ses débuts personne n’a pris vraiment au sérieux. À tort. La preuve avec le tramway de Nice pour Alstom, la chaise Cassina présentée au dernier Salon de Milan, une collection pour Christofle, un hôtel en chantier à Beaugrenelle avec Daniel Buren et une flopée de cinémas Pathé en France. Sans compter son entrée prochaine dans les collections design de Beaubourg et la préparation de sa première monographie. Tout va très vite pour Ito Morabito, 40 ans l’an prochain. « Un âge auquel il faut se préparer, surtout avec les filles, car dans ma tête j’ai toujours 20 ans ! »

Il les a à peine quand, tout juste formé au design, ce rejeton d’une lignée d’architectes, joailliers, créateurs et stylistes déboule sur la planète artistique. Son premier coup d’éclat ? Des modèles virtuels détournant les logos de grandes marques… sans leur demander leur avis. Le voilà lancé. Depuis, l’impatient s’est assagi. Pour se faire un nom sur la scène internationale, ce boulimique de travail qui dort peu a préféré limiter ses collaborations et ne travailler qu’avec et pour les meilleurs. Quitte à attendre son tour. « Ne jamais renoncer « , assume ce Bélier qui se reconnaît bien dans son signe du zodiaque. Aujourd’hui, ses vingt-deux collaborateurs planchent sur plusieurs projets, certains un peu fous, comme ce sous-marin d’exploration océanographique pour son ami Paul Watson. Un rêve d’enfant. Ora-ïto en a déjà exaucé d’autres, comme ce flacon futuriste pour « Idylle » de Guerlain, parfumeur que chérissait sa grand-mère.

C’est dans son nouveau domicile parisien que reçoit Ora-ïto, un lumineux appartement-bureau ouvrant sur la place des Victoires, à deux pas de son studio de travail. Devant les fenêtres, la statue conquérante de Louis XIV, de profil. « On est dans l’axe parfait », assure ce perfectionniste. Le voilà enfin en pleine lumière, au sens propre, tant le soleil est vital pour celui qui a grandi à Nice. Quand il fait mine de s’asseoir, c’est pour mieux chercher un livre sur ses rayonnages Charlotte Perriand. Le reste du mobilier est à l’avenant, signé Prouvé et Le Corbusier, qu’il collectionne depuis ses premiers gains. Place des Victoires, il dispose enfin d’assez d’espace pour les mettre en situation, avec ses créations. Sa cuisine est celle qu’il a dessinée pour Scavolini. Elle a nécessité quatre ans de développement, comme la chaise de Cassina. « C’est la durée minimale quand on travaille avec les meilleurs et, quand ils lancent l’objet, on sait qu’il restera au catalogue vingt ans.  » Pour les produits très pointus, Ora-ïto apprécie de travailler avec des ingénieurs. Ce fut le cas pour le projet de train pour Alstom. Citroën a aussi fait appel à son regard visionnaire et à sa fameuse « simplexité » pour imaginer de futurs modèles.

Entre deux séjours à Paris et à l’étranger, c’est à Marseille qu’Ora-ïto se ressource et développe ses projets plus personnels. Il a d’abord eu l’idée folle d’acquérir le gymnase sur le toit de la Cité radieuse de Le Corbusier, puis d’en faire un centre d’art, le MaMo. Depuis qu’il a réhabilité ce lieu à ses frais et l’a ouvert au public, il se sent un peu accepté comme « un enfant du pays ». Un enfant qui s’apprête à passer à un chantier d’une autre échelle avec l’aménagement d’un nouveau quartier autour des puces de la cité phocéenne, dont il a présenté le projet avec Bouygues.

En attendant, il réinvestit ses royalties dans une passion qui le dévore depuis dix ans : la restauration du fort de Brégantin, bâti par Vauban sur une île du Frioul, face au Vieux-Port, où il envisage un ambitieux projet écologique et hôtelier. Encore un rêve de gosse, qu’il mènera à n’en pas douter jusqu’au bout.

Article par Marie-Christine Morosi
Photo par Julien Faure